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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 21:37

La-deesse-des-petites-victoires.jpgNous sommes à l’Université de  Princeton en 1980.

Anna Roth, jeune documentaliste à l’IAS « Institut de de recherche avancée » de Princeton, est chargée de récupérer auprès d’Adèle Gödel, les archives de son illustre mari Kurt Gödel avec lequel elle fut mariée pendant 50 ans.

 

Né à Vienne en  1906, Kurt Gödel fut l’un des plus grands mathématiciens en logique mathématique du XXème siècle, reconnu dans le milieu des initiés, notamment pour son «Théorème sur l’incomplétude » et «  l’Hypothèse du continu ».

 

Viennoise également, Adèle, est  son aînée de 7 ans. Lorsqu’ils se rencontrent  en 1928, elle est danseuse dans un cabaret à la mode  «  le Nachfalter - le papillon de nuit ». Ils n’avaient rien en commun, du moins si peu : elle n’avait  pas fait d’études, lui préparait son doctorat ; son père était photographe de quartier, le sien un industriel prospère ; elle était catholique, sans trop de zèle, lui était luthérien.

 

Au moment où commence le récit, Adèle finit sa vie, grabataire, dans la maison de retraite « Pine Run » à Doylestown  aux Etats Unis, au milieu du déclin des autres résidents.

 

Dès leur première rencontre, Anna comprend très vite qu’il lui faudra amadouer la vieille femme pour mettre la main sur les archives de Kurt Gödel. Adèle donne très vite le ton :

                                                                                             

«  Vous savez quoi ? La postérité, je l’emmerde ! Et vos archives, je vais peut-être les brûler. J’ai particulièrement envie d’utiliser certaines lettres de ma belle-mère comme papier chiotte ».

 

Mais de visites en visites, une relation particulière se développe entre les deux femmes, relation  imprégnée à la fois de rudesse et de douceur amicale.

 

Alors, au fur et à mesure, Adèle se livre mais incite également Anna à se raconter.

 

Alors, c’est toute une époque difficile du XXème siècle  qui défile sous nos yeux. La montée du nazisme, l’Anschluss, la fuite des cerveaux juifs vers les Etats Unis, le Maccarthysme, les inquiétudes face à la bombe .

 

Mais si Kurt Gödel, dès 1942,  devient une divinité à  Princeton, il est  en même temps  un homme en retrait avec une tendance certaine à l’hypocondrie. «  Il prend sa température tous les jours et la note sur son carnet.  Il était marié avec son baromètre », raconte Adèle.  Approchant de la mort il se fait de plus en plus de souci pour sa santé, se convainc de l’existence d’un complot visant à l’empoisonner. Il cesse alors de s’alimenter tombant progressivement dans la cachexie.

 

Que serait devenu Kurt sans Adèle, son infirmière, véritable et seule bouée de secours d’un mari hors norme pour le monde et son époque, incapable de survivre sans elle ?

 

A Princeton, on côtoie tous les grands savants de l’époque : Albert Einstein, qui aimait dire «  je vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel »,  Robert Oppenheimer, Wolfrang Poli, Alan Turing et bien d’autres.

 

Adèle cherchera de son mieux à trouver sa place au milieu de tous ces savants qui ne cessent  de plaisanter sur leurs travaux comme lors de ce mémorable déjeuner ou  elle rate son soufflet. Pauli, prix Nobel de physique étant l’un des convives, Einstein en profite pour plaisanter « Vous n’êtes pour rien dans le ratage du soufflet dit-il, c’est l’effet Pauli. La seule présence de notre ami dans un laboratoire suffit à faire échouer une expérience ».

«  Adèle souffre en silence : je serai toujours une exilée parmi  tous ces génies. »

 

 Mais rassurez-vous, pas besoin d’être passionné de mathématiques pour apprécier ce magnifique et luxurieux roman.

 

Ce livre est avant tout une réflexion sur le génie, la connaissance et la folie mais  il relate aussi une histoire d’amour tourmentée entre un homme qui ne savait pas vivre et une femme qui ne savait qu’aimer. Un bijou d’amour et d’érudition dans lequel Adèle mérite bien d’être appelée la déesse des petites victoires.

  

Auteur : Yannick GRANNEC

Prix des libraires 2013, premier roman

Editeur : Pocket

EAN : 9782266235686

Prix : 8,10€

 

Commentaire de Michèle D, le 21 février 2014

 

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Published by Graines de mots - dans Nos sélections
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