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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:34
Saison du livre, HIVER : La source d'Anne-Marie Garat

La narratrice de cette très belle histoire (je devrais dire de ces très belles histoires car plusieurs récits s’entremêlent) arrive au Mauduit, village de Franche-Comté déjà désert dans les années 80 où se situe le récit, au prétexte de consulter des archives communales qui devraient être utiles à ses étudiants en Sociologie ; en fait elle n’a pas choisi ce village par hasard mais plutôt poussée par la réminiscence d’un souvenir d’enfance : elle se revoit faisant halte là avec ses parents des années plus tôt et repense au comportement étrange de son père, bouleversé et muet pendant leur étape au Mauduit. L’un des fils du formidable roman qu’Anne-Marie Garat tisse de cette écriture riche et élégante, parfois difficile, (… un dictionnaire à portée de main peut s’avérer utile…) conduira la narratrice à comprendre la tragédie dans laquelle son père a été impliqué.

Nul hotel ouvert dans ce village et la secrétaire de mairie, qui sera un personnage important du récit, indique à la narratrice - dont on ne saura jamais ni le prénom ni le nom - que la vieille Lottie acceptera peut-être de la loger dans son domaine des Ardenne, vaste demeure au bord de laquelle coule la Flane. Après une rencontre improbable, la narratrice et Lottie parviennent à s’apprivoiser et bientôt leurs soirées au coin du feu sont consacrées au long récit de la vie de Lottie. A la fin du XIXème siècle, Lottie est une enfant pauvre placée à faire des travaux de couture chez la modiste du village. Elle aime se promener en sauvageonne et va souvent jusqu’au domaine de la famille Ardenne, domaine alors occupé par la seule Madame Ardenne depuis que son fils est parti. Lors de l’une de ces promenades, Lottie voit un homme approcher du domaine alors inoccupé, avec une enfant dans les bras, enfant qu’il abandonne là après lui avoir donné un biberon. Quelques jours plus tard, Madame Ardenne vient chez la modiste accompagnée de sa bonne, Delphine, et de sa petite fille Anaïs, et prétend que son fils parti en voyage lui a confié cette enfant qui ne cesse de pleurer. Pour choisir les tissus et vêtements destinés à Anaïs, Madame Ardenne confie la petite fille à Lottie et immédiatement Anaïs se calme en suçant le doigt de Lottie. Madame Ardenne va alors véritablement acheter Lottie à sa mère et Lottie s’installe au domaine, qu’elle ne quittera plus, jouant le rôle de nourrice auprès d’Anaïs. Au fil des soirées, Lottie se révèle une incroyable conteuse en livrant le récit poignant de sa vie aux Ardenne, ainsi que le récit des vies de Madame Ardenne, d’Anaïs et de bien d’autres personnages. On lit certaines des pages avec une boule dans la gorge tant la puissance narrative est forte. Quoique Lottie assure elle-même qu’elle ne dit pas nécessairement la vérité, on est forcé de croire au récit qu’elle nous livre, on remonte avec elle à la source de son destin, on suit les méandres de sa vie replacée au cœur de la grande histoire et des guerres, on se promère avec elle jusqu’à la source de la rivière Flane qui devient l’un des « personnages » de ce livre puissant.

Très curieusement, arrivée à la page 314 du récit, je me suis dit : « si j’étais l’auteur, j’arrêterais mon récit ici… » et, de fait, j’ai moins apprécié la dernière partie du livre.

Quoi qu’il en soit, un roman très beau et très prenant.

Sélection de Chantal

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Published by Graines de mots - dans Coups de cœur
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