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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 11:08
Saison du livre Hiver 2015 : La petite Chartreuse

Sous une pluie froide de novembre, la camionnette du libraire Étienne Vollard heurte de plein fouet une petite fille en anorak rouge qui, affolée, courait droit devant elle après avoir vainement attendu sa mère, jeune femme fuyante et transparente.

Désormais, cet homme va devoir vivre avec les conséquences de l'accident. Affublé d'une paternité d'emprunt, Vollard, jusque-là introverti et solitaire, commence à réciter à l'enfant plongée dans le coma des textes littéraires contenus dans sa mémoire fabuleuse. Lorsque l'enfant s'éveille, elle a perdu l'usage de la parole. Alors, fuyant ses insomnies et ses angoisses anciennes, le libraire emmène Éva marcher dans les paysages de la Grande Chartreuse, lieu sauvage et splendide où vivent des moines qui ont fait vœu de silence. Un gros homme, encombré de lui-même, une mère bien trop jeune, et une fillette précocement fracassée par la vie forment un étrange trio : le triangle des solitudes. Le narrateur de cette histoire, témoin de l'enfance et de la jeunesse de Vollard, exprime sa fascination pour ce libraire inoubliable. Mais ce roman-conte est aussi un hymne inoubliable à la littérature, une méditation sur le fragile pouvoir des livres.

L’écriture est précise et particulièrement soignée. Les amateurs de littérature vont se régaler. La mémoire prodigieuse de Vollard redonne vie aux écrivains et j’ai apprécié particulièrement les citations de romans qui surgissent sans noms d’auteurs ou de références, comme un labyrinthe littéraire. Des phrases totalement épurées, sans verbe, réduites au plus strict minimum donne une grâce, une pureté poétique et un style hors norme, dense et nerveux.

En dépit de la tristesse évidente de cette histoire, ce livre n’en reste pas moins lumineux. L’écriture fluide et nerveuse sait se faire discrète pour laisser le lecteur se délecter des mots, des évocations d’une région superbe qu’est la Grande Chartreuse, et lui laisser le temps de se laisser aller, tout simplement.
La tendresse un peu gauche et maladroite de Vollard est touchante. De la même manière que l’est la désinvolture de Thérèse.

Ce livre tendre, triste, et sensible à l’extrême se lirait presque « clandestinement », pour coller à son atmosphère si particulière.

Titre : La petite Chartreuse

Auteur : Pierre PEJU

Editeur : Folio

Prix : 6,40€

Prix du livre Inter 2003

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Published by Graines de mots - dans Nos sélections
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